J’ai toujours détesté l’école ; c’est pourquoi je suis devenue professeur. C’est un paradoxe.

Enfant, j’ai adoré les livres ; c’est pourquoi j’ai entrepris d’écrire pour la jeunesse en hommage à tous les livres qui m’ont consolée de tout : de l’école, de l’ennui, de l’insatisfaction de ne pas être quelqu’un d’autre, ou tous les autres à la fois.
C’est logique.

Je lisais en marchant, en mangeant, dans mon bain, dans les arbres, sur la plage, dans la neige…
Aujourd’hui, j’écris dans les trains, dans une mansarde, sous un arbre, dans le métro, et c’est ainsi que je retrouve le bonheur de connaître une seconde vie, une vie par les livres.

Une seconde vie ? La première, la vraie, ne me suffirait-elle pas ?
Non, car je veux deux vies, dix vies, cent vies, puisque nous n’en avons qu’ une.

Une vie pour être mère, une vie pour ne pas être un prof trop ennuyeux, une vie pour courir à perdre haleine à travers Paris dans un vieux survêtement,
une vie pour massacrer avec délectation Chopin et Bach sur mon piano désaccordé, et toutes celles que j’ouvre et referme chaque fois que j’écris «  premier chapitre » et « dernier chapitre ».

Françoise Grard - Janvier 2006